🏆 Trophées Thierry Maytraud I Thématique : Gouvernance et aménagement
Mercredi 1er juillet
Au-delà de la théorie : dix ans de preuves d’une intégration gris-vert-bleu pour l’atténuation des inondations trentennales et la restauration de la qualité de l’eau à Zhenjiang (Chine)
Le projet pilote national « Ville-éponge » de Zhenjiang (2015–2025) constitue l’un des rares exemples au monde d’un système intégré vert-bleu-gris de gestion résiliente des eaux pluviales déployé à l’échelle d’un bassin versant urbain dense de 29,28 km². L’approche systémique mise en œuvre permet de maîtriser les pluies de période de retour 30 ans (256 mm/24 h), a totalement éliminé les inondations chroniques sur les 48 points noirs historiques et a restauré la qualité des eaux réceptrices jusqu’au standard chinois de classe III.
La stratégie combine des principes de Développement à Faible Impact (LID) en source — visant à rapprocher l’hydrologie des sites aménagés de leur état pré-urbain — avec des ouvrages bleus de fin de parcours (zones humides à haute performance et parcs à double usage) qui assurent un stockage temporaire significatif des volumes excédant la capacité de dimensionnement 30 ans. L’épine dorsale grise est constituée d’un tunnel profond de 6,2 km et de 4 m de diamètre, enterré jusqu’à 34 m et traversant de manière unique le fleuve Yangtze, afin de collecter les ruissellements amont, des quartiers historiques et les débordements d’égouts unitaires (CSO) pour les diriger vers des bassins d’oxydation écologiques terminaux situés sur une île du fleuve.
Dix années de suivi continu (40 stations automatisées) confirment des performances exceptionnelles en conditions réelles : aucun engorgement dans les 48 anciens points noirs sur des centaines d’épisodes pluvieux, rétention sur site >99 %, contrôle annuel du ruissellement ≥76 %. Le système a notamment résisté sans aucun dégât à l’ouragan In-Fa 2021 (312 mm en 72 h, période de retour >50 ans). Zhenjiang offre ainsi un modèle rigoureusement validé, directement transférable, d’infrastructure hybride pour les villes denses confrontées à l’intensification des risques pluviaux liés au changement climatique.
Organiser la transversalité autour du cercle interservices « Eau dans la ville » à Grenoble-Alpes Métropole
Le changement de pratique d’aménagements « tout-tuyau », pour passer à la gestion intégrée et durable des eaux pluviales (GDIEP) implique une évolution des métiers et de l’organisation des collectivités. Pour faire face aux nombreux défis liés à l’aménagement de la ville de demain, Grenoble-Alpes Métropole expérimente depuis septembre 2023 le cercle interservices (CIS) Eau dans la ville, outil permettant la transversalité. La structure du cercle a été définie au sein d’une lettre de cadrage, puis les représentants d’une vingtaine de services impliqués dans la GDIEP ont participé à divers ateliers permettant d’élaborer un plan d’action structuré et suivi. Ce plan d’action est mis en œuvre par les services métropolitains et a permis de développer plusieurs solutions pour faciliter et accélérer la fabrique de la ville perméable à l’échelle territoriale (rédaction d’une note d’enjeux politique, création d’une instance décisionnelle, mise en place de formations, création d’outils, plan de communication…). L’animation et la participation au CIS exigent une forte implication de tous les acteurs et l’intégration des acteurs communaux reste un défi à relever. Cependant, l’amélioration de la prise en compte de la GDIEP dans les projets est perceptible.
Gouvernance et innovation : la feuille de route du bassin de Thau pour une gestion des eaux pluviales résiliente
Face aux défis climatiques exacerbant les risques d’inondations, d’érosion côtière et de dégradation des milieux aquatiques – cruciaux pour l’économie conchylicole du territoire de Thau –, la stratégie de gestion des eaux pluviales s’appuie sur deux études structurantes : l’Indice de Qualité des Sols (IQS) pour évaluer la vulnérabilité des sols à l’imperméabilisation, et le Schéma Directeur de Gestion Intégrée des Eaux Pluviales (SDGEPI) visant à caractériser les bassins versants, identifier les dysfonctionnements et proposer un cadre technique et réglementaire cohérent. Trois piliers stratégiques guident cette démarche : une approche technique privilégiant l’infiltration à la source via des aménagements alternatifs, une dimension environnementale intégrant la préservation des milieux aquatiques et la lutte contre les pollutions diffuses, et un volet organisationnel et réglementaire pour les compétences GEMAPI (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) et GEPU (Gestion des eaux pluviales urbaines).
Les perspectives opérationnelles incluent une modélisation dynamique des flux hydriques pour anticiper les risques, des actions de vulgarisation auprès des élus et techniciens (journées techniques, outils pédagogiques), et une coordination renforcée entre acteurs locaux (communes, syndicats de bassin, Agence de l’eau) pour mutualiser les solutions et pérenniser les investissements. Cette stratégie, alignée sur les objectifs nationaux de gestion durable des eaux pluviales, vise à concilier résilience territoriale, préservation des écosystèmes et développement urbain maîtrisé.
La démarche Eau en ville genèvoise : du changement de paradigme au changement de pratiques
La démarche Eau en ville, portée par l’office cantonal de l’eau du Canton de Genève depuis 2019, vise à transformer durablement la gestion de l’eau urbaine selon le concept de Ville éponge. En six ans, elle a impulsé un véritable changement de pratiques, avec près de 150 projets accompagnés à différentes échelles. La sensibilisation joue un rôle central grâce à des conférences, publications et interventions médiatiques touchant plusieurs milliers de personnes. L’accompagnement des projets est renforcé par la collaboration entre les offices de l’eau, de l’environnement et de l'agriculture et de la nature au sein du triptyque Eau-Sol-Arbre, ainsi que par l’animation d’une communauté professionnelle pluridisciplinaire. La démarche s’appuie aussi sur des expérimentations (réalité virtuelle, projets pilotes, renaturation des sols) et sur des actions de formation, dont la première certification romande de coordinatrice et coordinateur de la Ville éponge. Enfin, des adaptations légales et financières sont en cours pour généraliser ces pratiques, tandis que les prochaines années viseront la poursuite du partage d’expériences, la règlementation, la documentation de projets exemplaires et le renforcement des compétences internes.
